Nous louons une Modus à notre loueur favori, Francesco, vers 9h pour un tour prévu sur les levadas Norte et Janela.
Notre équipe de randonnée est formée de Steve, Annette, Bert, Denis et moi. Nous avons passé une si bonne journée la dernière fois que nous avons décidé de réitérer.
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La journée s’annonce belle, le soleil est présent, il n’y a qu’un petit hic, c’est ma forme physique. Un début de lumbago me fait souffrir depuis samedi matin. Je me suis mise sous fortes doses d’antalgiques en prévision de cette journée.
La marche sur les levadas procure un tel plaisir que cela devient une drogue. Je ne veux pour rien au monde passer à côté de cette sortie entre amis.
Denis nous conduit donc au départ du levada Norte. Je ne me lasse pas de ces paysages vertigineux, au doux bruit de l’eau, de la senteur de la végétation. La marche est si facile, si plaisante que chacun laisse ses pensées vagabonder.
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Nous arrivons au premier tunnel, il est très long et gorgé d’eau.
J’entend l’appréhension d’Annette, elle est claustrophobe et a du mal à franchir ce premier tunnel dont nous n’apercevrons pas la lumière de la sortie.
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Quant à moi, au milieu de celui-ci, je ne sais pas ce qu’il me prend, enfin si !!! Je ne veux pas mouiller mes chaussures, alors je mets un pied sur le rebord du levada qui se trouve à ma droite et à quarante centimètres de haut. Malheureusement, mon pied gauche glisse dans la boue et plouf !! Je me retrouve entièrement immergée dans l’eau froide !
Je ne réfléchi pas, je saute tel Zébulon hors de l’eau. Je pense aussitôt aux contenus de mes poches et sac à dos. Crotte !!!!!!!!!!!!! Je me souviens trop bien notre précédent voyage où j’avais perdu mon portable à cause de l’eau.
Cette fois ci, sur moi, j’ai, mon téléphone tout neuf, mon ipod offert par mes enfants à Noël et mon appareil photo tout spécialement acheté pour ce voyage.
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Je suis en rage ! De ma bêtise !
Mais qu’ai-je donc dans la tête pour faire autant d’idioties ?
Je cours vers la sortie en refusant toute aide, n’ayant qu’une idée sortir au plus vite mes appareils. Denis m’attend déjà et voit mon désarroi.
Je sors tout de mes poches et de mon sac, Denis essuyant au fur et à mesure. Téléphone et ipod sauvés !
Appareil photo, point d’interrogation, l’objectif ne se rétracte plus, je mets la batterie au sec, il n’y a plus qu’à attendre demain pour voir les dégâts !
Mon aspect physique est lamentable, je dégouline d’eau.
Gentiment, Denis m’aide à essorer mes vêtements et à me sécher. Nous sommes sur le versant sud, le soleil me réchauffe rapidement.
Steve nous trouve même un endroit un peu plus loin où nous pouvons faire une pause en attendant que je me remette de mes émotions.
Je m’éloigne quelques instants pour retirer mes sous vêtements et lorsque je reviens vers le groupe, je trouve des visages consternés. Bert accroupi auprès d’Annette ; je ne capte pas immédiatement. Denis et Steve m’expliquent qu’Annette a failli se tuer !
En voulant enjamber Steve qui bloquait le passage, elle a mis un pied sur une pierre au bord du précipice. Celle-ci a roulé, au contact du pied d’Annette et mon amie est tombée en arrière sans pouvoir se retenir. Son ange gardien était là, un buisson d’épineux a évité une chute mortelle en lui servant de berceau.
Les hommes se sont précipités pour la sortir de ce mauvais pas, mais la pauvre sort du berceau criblée d’épines, elle en a partout ! Bert passe un long moment à lui retirer une à une et à soigner ses blessures.
La journée commence bien, nous repartons à la queue leu leu en essayant d’oublier les conséquences qu’auraient pas avoir nos chutes.
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Le soleil et les paysages nous font un instant oublier nos tracas, lorsque j’entends un bruit de chute de pierres derrière moi. Je me retourne et je vois un rocher dévaler la pente dans la direction de Steve et finir sa chute à quelques centimètres de sa tête, dans l’eau.
Steve me regarde interloqué et fini par me sourire en me disant : Cette fois, c’est fini, c’est le troisième !
J’y crois, je veux y croire ! Je repense à ce que me disait Bobby, les promenades sont dangereuses, il y a environ une quinzaine de morts par an. Les causes sont : inattention, fatigue, aléas des mouvements de terrain, forme physique.
Nous arrivons au deuxième tunnel, plus sombre, plus boueux, nous chantons « La gadoue, la gadoue, la gadoue »
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Denis est presque sorti, lorsque Steve m’appelle pour me dire qu’Annette renonce. Elle est prise de panique, la sensation de ses pieds s’enfonçant dans la boue, le bruit d’aspiration lorsque l’on veut soulever nos chaussures, la rende mal à l’aise. Elle ne supporte pas et fait demi-tour. Dommage ! Mais nous la suivons, solidarité oblige.
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Le chemin en sens inverse est tout aussi beau et nous finissons par trouver un endroit inondé de soleil pour reposer nos jambes et remplir nos estomacs. Comme la dernière fois, nous constatons le goût culinaire des français par rapport aux autres nations.
Pour les hollandais et l'irlandais, sandwichs peu appétissants, et nous, restes d'osso bucco froid avec cornichons, fromage et vin rouge. Le pique-nique du français, quoi!
Nous avons encore tout l’après midi pour un autre levada, nous reprenons la voiture pour rejoindre le départ du Janela, en passant par les anciennes routes de la côte Nord qui longe des falaises grandioses.
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Quelle déception en arrivant, le chemin du levada Janela est bouché, des chutes importantes de rochers ont bloqué le levada et il est formellement interdit de franchir les barrières.
Nous nous apprêtons à regagner la voiture lorsqu’un Madérien nous explique comment cheminer sur ce levada en passant par un autre chemin. C’est une aubaine cet homme ! Les sourires reviennent aux lèvres, mais il faut descendre un chemin forestier récemment tracé pour atteindre le Janela. Mon mal de dos se réveille dans cette forte descente et je me dis que le chemin de retour va être très dur pour moi.
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La récompense est là ! Ce levada est totalement différent des autres levadas, des suintements d’eau coulent lentement sur les parois rocheuses recouvertes de végétations abondantes et parfumées. Un vrai régal des sens.
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Un tunnel nous emmène sur la plus belle chute d’eau que j’ai vue jusqu’ici. Cette descente de tonnes d’eau me donne le vertige. Le plus impressionnant c’est de passer dessous, quelle sensation ! Le bruit, la puissance, l’odeur que transporte cette eau ! Inouïe ! Magique !
Nous restons un long moment dans cet endroit féerique où nous nous trouvons si minuscules face à cette force de la nature. Il se fait tard mais Steve, Denis et moi voulons traverser le tunnel de l’autre côté de la cascade. Bien nous en pris, la vue de ce versant ensoleillé donne une autre dimension à ce spectacle sans cesse renouvelé, Annette et Bert nous paraissent minuscules.
Il est temps de rebrousser chemin, en nous promettant de faire ce Janela en entier une autre fois (peut être ! qui sait !).
Steve part en premier, accélère le pas. Ce n’est plus une promenade, mais une course pour rattraper Annette et Bert. Chose faite, Steve continue sur sa lancée. Je monte en premier cette côte qui m’angoissait à la descente.
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A ma grande surprise, je tiens le rythme. Mes jambes ont pris l’habitude de ces chemins escarpés. Mon cœur bat la chamade mais se régule fort bien.
Je tiens bon, Steve me double, j’emboite son pas et à ma grande fierté je ne lâche pas.
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Qu’il est bon de sentir son corps sous l’effort, l’obliger à donner plus, le maitriser pour enfin se sentir envahi d’un sentiment de plénitude.
Sur notre retour ? Steve prend des photos des gorges de l’enfer et après une halte rafraichissante sous un avocat gigantesque de la place de Paul Do Mar, nous rentrons pour un repos réparateur.
Quelle belle journée et riche en émotions !
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